Eco-GPUR ou comment rentabiliser la production de gaz biosourcé dans les petites structures agricoles ?
Face à l’essor rapide du biométhane en Europe et aux limites des technologies actuelles d’épuration du biogaz, notamment pour les petites unités agricoles, le projet Eco-GPUR ouvre de nouvelles perspectives. Porté par Julien Lemaire, enseignant-chercheur au LGPM et à la chaire de biotechnologie de CentraleSupélec, ce projet innovant officiellement lancé le lundi 26 janvier 2026, a pour ambition de proposer une solution d’épuration plus compacte, sobre et économiquement viable.
Depuis plusieurs années, la production de biométhane (méthane issu de la valorisation des déchets organiques) par méthanisation connaît une forte croissance en Europe, avec plus de 1 500 unités en service en 2024, dont la France qui concentre plus de 40 % de ces installations. Cette dernière se distingue par un développement historiquement fondé sur la méthanisation agricole.
Or pour être injecté dans le réseau de gaz, le biogaz doit être purifié afin de séparer le méthane (CH4), qui constitue l’énergie utile, du CO₂. Cette étape, indispensable, est aujourd’hui coûteuse et souvent peu adaptée aux petites installations agricoles.
Peut-on imaginer des solutions d’épuration plus simples, plus compactes et plus adaptées aux petites unités ?
C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet Eco-GPUR, porté par Julien LEMAIRE, enseignant-chercheur au sein du LGPM et de la chaire de biotechnologie de CentraleSupelec (Campus de Pomacle) et dont la réunion officielle de lancement a eu lieu le 26 janvier 2026 dans les locaux de son partenaire industriel PR BIO à Ennevelin (59).
Une approche innovante et économiquement viable pour les petites unités agricoles
Le projet Eco-GPUR propose une solution innovante qui permet de mettre le gaz à épurer en contact avec un liquide capable de capter le CO₂, et ce, de manière plus efficace et plus compacte que les technologies classiques.
Concrètement, la technologie utilise des contacteurs membranaires (équipements déjà utilisés dans l’industrie agroalimentaire), qui favorisent un échange très efficace entre le gaz et le liquide, ici une saumure (solution saline). Le CO₂ est absorbé par la saumure dont les propriétés absorbantes sont ajustées grâce à un système permettant de contrôler le pH avant et après l’absorption. Ce pilotage fin améliore la séparation du CO₂ tout en limitant les pertes de méthane.
Cette combinaison (contacteurs membranaires et saumure avec contrôle du pH) permet de proposer une technologie :
• plus compacte et plus facile à installer,
• modulaire, donc adaptable à différentes tailles d’unités,
• sobre en énergie,
• sans solvants ou produits chimiques problématiques,
• et surtout moins coûteuse, tant à l’investissement qu’à l’exploitation.
Eco-GPUR s’adresse en priorité aux exploitants agricoles et aux porteurs de projets de méthanisation de petite et moyenne taille, qu’il s’agisse de nouvelles installations ou d’unités existantes souhaitant évoluer vers l’injection de biométhane.
Faire la démonstration à l’échelle pré-commerciale
Sites de méthanisation réalisés par PRBio dont celui de BIOMARNE sur lequel sera installé le démonstrateur.
La technologie repose sur des bases solides : deux brevets ont déjà été déposés et elle est aujourd’hui testée sur un prototype fonctionnel, dans des conditions proches de l’usage réel (TRL 5).
Le projet Eco-GPUR, financé par la SATT Paris-Saclay à hauteur de 510,8 k€, vise à démontrer cette technologie innovante d’épuration de biogaz à l’échelle pré-commerciale (TRL 7).
Une ingénieure maturation a été recrutée pour piloter le projet entre janvier 2026 et décembre 2028. En cas de succès, la technologie pourra être commercialisée via un contrat de licence géré par la SATT.
Ce projet couronne plus de 10 ans de recherche et développement des équipes de la Chaire de biotechnologie, depuis la première thèse sur fonds propres (2014-2017) jusqu’à plusieurs projets collaboratifs avec des industriels et start-ups dont Vitrhydrogène (2018-2022), Algues4Biométhane (2019-2022) et EMMA (2020-2023).
Véritable projet d’économie circulaire, il marque une étape clé pour accélérer le développement de la production du biométhane et réduire les émissions de gaz à effet de serre, en cohérence avec les enjeux énergétiques et de développement durable du plan stratégique de CentraleSupélec.