Emobot : comment l’IA peut-elle mieux suivre la santé mentale ?

Créée par trois diplômés de CentraleSupélec avec le professeur Renaud Séguier, Emobot développe une application basée sur l’intelligence artificielle destinée à suivre en continu l’évolution de l’humeur des patients. Née de travaux en IA et en traitement du signal, la solution s’est progressivement construite au contact des professionnels de santé, à partir d’un enjeu concret : mieux suivre l’évolution des patients entre deux consultations.

Le 21 septembre 2026 #Entrepreneuriat
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Santé mentale
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  • Partir d’un besoin médical

    En psychiatrie, une consultation offre une photographie de l’état du patient à un instant donné. Mais entre deux rendez-vous, l’état émotionnel peut évoluer, parfois progressivement et sans que le patient en ait immédiatement conscience. C’est précisément dans cet intervalle qu’Emobot cherche à intervenir.

    « Les médecins sont aujourd’hui très peu de temps devant les patients. Nous voulons être les yeux du médecin en dehors des consultations. »Tanel Petelot, CEO et cofondateur d’Emobot

    La startup est née en 2022 de la rencontre entre trois ingénieurs de CentraleSupélec, Tanel Petelot, Antony Perzo et Samuel Lerman, et leur professeur Renaud Séguier, spécialiste du traitement du signal et responsable de l’équipe de recherche AIMAC (Artificial Intelligence for Multimodal Affective Computing). Dès les premières étapes du projet, l’enjeu a été de confronter les possibilités de l’intelligence artificielle à un besoin médical concret : comment mieux objectiver l’évolution de l’état d’un patient entre deux consultations ?


    Transformer les signaux du quotidien en informations utiles au médecin

    La technologie développée s’appuie sur une approche multimodale : elle analyse différents signaux issus de l’usage quotidien du téléphone, notamment les expressions faciales, la voix, l’activité physique et certains comportements numériques. Le choix de ces signaux et la manière de les exploiter se sont construits à la croisée des connaissances médicales et des compétences en ingénierie. 
    L’objectif n’est pas de remplacer le diagnostic médical, mais de fournir une information complémentaire permettant de mieux suivre la trajectoire du patient dans le temps. Cette approche répond à une difficulté particulière des troubles de l’humeur : les symptômes peuvent s’installer ou réapparaître progressivement, alors que les évaluations cliniques restent nécessairement ponctuelles. Emobot cherche ainsi à transformer une succession de « photographies » prises lors des consultations en une trajectoire plus continue de l’état du patient.


    Une IA conçue pour s’intégrer au parcours de soins

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    application Emobot

    Le dialogue entre expertise médicale et expertise technologique ne porte pas seulement sur les données à analyser. Il concerne aussi la manière dont les résultats doivent être utilisés dans la pratique.
    Côté médical, le professionnel de santé n’accède donc pas à un flux d’images, d’enregistrements ou de données brutes, mais à des indicateurs permettant de visualiser l’évolution de l’état du patient. L’application peut également alerter le patient lorsque certains signaux se dégradent et l’inciter à reprendre contact avec son médecin. L’ambition est ainsi de créer un système de suivi qui s’intègre au parcours de soins sans multiplier les contraintes pour le patient.
    L’un des enjeux majeurs d’une telle technologie est évidemment celui des données personnelles. Emobot a donc conçu son système autour d’un principe de collecte minimale. L’analyse des expressions faciales est réalisée directement sur le téléphone et les données brutes, notamment les images, ne sont pas conservées. Pour la voix, le traitement est également conçu pour ne conserver que les scores issus de l’analyse. Le patient reste propriétaire de ses données et choisit s’il souhaite partager sa trajectoire avec son médecin.

    « Les patients peuvent rechuter silencieusement : leur état se dégrade progressivement et ils ne s’en rendent pas forcément compte. L’intérêt du suivi continu est de pouvoir objectiver cette évolution et de la partager avec le médecin. » Tanel Petelot, CEO et cofondateur d’Emobot


    De la recherche en IA à l’application médicale

    L’histoire d’Emobot illustre la manière dont une recherche menée à CentraleSupélec peut progressivement trouver une application dans le domaine médical. À ses débuts, Emobot développait notamment un robot destiné à détecter les signes avant-coureurs de dépression chez les personnes âgées en établissement. La technologie s’est progressivement recentrée sur le suivi des troubles de l’humeur et sur l’accompagnement des parcours de soins.

    Au fil de cette évolution, les échanges avec les professionnels de santé ont également contribué à préciser les informations à recueillir et la manière de les restituer pour qu’elles puissent trouver leur place dans la pratique médicale. 
    Les 11 études cliniques menées avec des partenaires hospitaliers et académiques notamment au niveau international ont ensuite permis de confronter les développements technologiques aux réalités de la pratique médicale. Après ses débuts en France, la medtech concentre aujourd’hui son développement commercial sur la psychiatrie interventionnelle aux États-Unis, où la poursuite du dialogue avec les praticiens sera également déterminante pour adapter la technologie aux besoins des patients et aux réalités des parcours de soins.

     

    En rapprochant intelligence artificielle, traitement du signal et pratiques médicales, Emobot illustre concrètement pourquoi le dialogue entre ingénieurs et médecins devient essentiel pour concevoir des technologies de santé adaptées aux besoins des patients et des professionnels.


    En savoir plus : Emobot