Former des ingénieurs capables d’évoluer avec le monde professionnel
Face aux transformations du monde économique et aux attentes des élèves, CentraleSupélec fait évoluer ses formations et ses relations avec les entreprises. Pour Gaëlle Lahoun, directrice des relations entreprises et de la valorisation de CentraleSupélec, la réponse passe par un dialogue étroit entre l'École, les élèves et le monde socio-économique, avec une ambition : préparer les diplômés à construire leur parcours bien au-delà du premier emploi.
Quelles sont les grandes transformations qu'elle observe (métiers, compétences, attentes...) ?
Une entreprise est certes un acteur économique, mais aussi un collectif qui contribue à transformer la société. Ce lien se manifeste notamment dans la prise en compte croissante des enjeux de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), qui intègrent les dimensions sociales, environnementales, économiques et éthiques de leurs activités.
Parmi les grandes transformations actuelles figurent le changement climatique, les enjeux de souveraineté et l’intelligence artificielle (IA). Ces enjeux sont au cœur des préoccupations des entreprises car ils ont des conséquences directes sur leur activité : ils transforment les modèles de création de valeur, les relations avec les parties prenantes, les marchés et, bien sûr, les compétences nécessaires.
Ces transformations ont des conséquences directes sur les compétences attendues et, plus largement, sur l’employabilité.
– Sur le volet IA, citons deux sphères où l’impact est particulièrement visible : le recrutement (traitement des candidatures et rédaction des offres d’emploi) et l’évolution des attentes des entreprises identifiables par exemple dans les annonces de stage proposées aux étudiants, qui conduit notamment à revoir les cartographies de compétences (notamment face à l’impact de l’IA).
- Sur le volet des enjeux climatiques et, plus largement, de la RSE, les élèves ingénieurs expriment de réelles attentes. L’adéquation entre les missions proposées par les entreprises, les enjeux de transition et les attentes des élèves constitue donc un point d’attention important.
Notre ambition est de former des ingénieurs capables de s’adapter à un monde en transformation.
En quoi cela change-t-il les relations entre l’École et les entreprises ?
Ces transformations ne changent pas spécifiquement les relations entre les écoles et les entreprises : elles transforment notre société et notre rapport au monde. En tant qu’école, nous adaptons notre vision, notre stratégie, notre enseignement et notre recherche à ce nouvel environnement, comme le font les entreprises.
L’enjeu est d’aligner ces visions et de répondre aux attentes de part et d’autre : pour les entreprises, en matière de compétences apportées par les ingénieurs de CentraleSupélec et de sujets de recherche susceptibles de les intéresser ; pour l’École, en faisant progresser la formation et la recherche en ingénierie au plus près des réalités du monde socio-économique.
Sur les aspects plus spécifiquement liés à l’employabilité les relations partenariales se redessinent autour du constat suivant : les entreprises se transforment vite et en profondeur ; les attentes des élèves aussi. Aujourd’hui nous œuvrons collectivement à préparer une carrière ; peut-être plus qu’à former à un métier.
Comment CentraleSupélec fait-elle évoluer ses formations en lien avec les besoins des entreprises ?
CentraleSupélec (héritière de Centrale Paris et de Supélec) a été créée pour et par l’industrie. Cette proximité avec le monde socioéconomique est dans l’ADN de l’École ; c’est même un marqueur fort de son identité, reconnue en France mais également au niveau international
Depuis plus de vingt ans, elle développe des formats qui rapprochent la formation des réalités du monde socio-économique. En effet, les sciences de l’ingénierie et des systèmes ne peuvent évoluer sans être confrontées à des problématiques issues de questionnements ancrés dans la réalité des entreprises. Plusieurs dispositifs permettent cet ancrage :
• La place importante accordée aux projets tout au long des cursus, qui confrontent les étudiants à des problématiques concrètes portées par des institutions publiques, des collectivités territoriales ou des entreprises privées de toutes tailles.
• Les séquences thématiques, qui articulent pendant huit semaines une thématique, des cours appliqués et un enseignement d’intégration visant à mettre directement en pratique les apprentissages.
• L’accompagnement à la construction du projet professionnel, avec un Career Center et des ateliers pour découvrir les métiers d’ingénieur, interroger ses attentes et acquérir les outils nécessaires pour adopter une posture professionnelle et valoriser les acquis de ses expériences (projets, stages, actions solidaires…).
En complément, l’École organise près de 120 événements par an pour les aider à construire leur projet professionnel, avec des temps d’échange adaptés à leurs préoccupations et à leur progression dans le cursus :
• En première année, les élèves ont souvent une connaissance encore limitée des entreprises et des possibilités offertes par les différents secteurs. Les soirées découverte entreprises leur permettent d’élargir leurs horizons.
• En deuxième année, les questionnements portent davantage sur le stage de césure et les métiers de l’ingénieur. Des tables rondes métiers sont organisées pour y répondre.
• En troisième année, les échanges sont adaptés aux spécialisations de fin de cursus.Image![]()
Ces rencontres permettent aux élèves d’échanger directement avec des professionnels en activité, des diplômés et des responsables des ressources humaines. Les retours des enquêtes menées auprès des élèves confirment leur intérêt pour ces échanges et ces formats. L’essentiel est de multiplier les occasions de dialogue avec le monde professionnel : les élèves souhaitent confronter leurs représentations à la réalité et construire leurs choix en connaissance de cause.
Cette préparation se traduit aussi dans les résultats de l’insertion professionnelle : selon l’enquête Premier Emploi des promotions 2024-2025, 86,1 % des diplômés ont trouvé un emploi en moins de deux mois.
La population étudiante de CentraleSupélec comprend également les élèves des Bachelors et des MSc. La même philosophie s’applique à ces cursus, avec des formats adaptés. Les élèves du Bachelor AIDAMS bénéficient par exemple d’une semaine d’immersion en entreprise, sous la forme d’une learning expedition. Les parcours, les enjeux et les attentes de ces populations étudiantes diffèrent de ceux des cursus ingénieurs, mais toutes partagent la volonté de valoriser leur formation et leur diplôme et de développer leur employabilité.
Pourquoi les entreprises ne sont-elles plus seulement des recruteurs et comment participent-elles concrètement aux parcours des élèves ?
Au-delà du recrutement, qui constitue l’un des aspects de la relation partenariale, les entreprises, publiques ou privées, quelle que soit leur taille ou leur secteur, contribuent à la formation des élèves. En les accompagnant dans leurs projets, elles leur apportent des connaissances, leur donnent une vision concrète du métier d’ingénieur et les aident à développer des compétences.
Elles jouent également un rôle d’orientation et de conseil : une entreprise ou un alumni qui relit un CV ou conseille un élève sur une candidature contribue aussi à cette relation partenariale.
Comment CentraleSupélec anticipe-t-elle les besoins des entreprises pour faire évoluer ses formations ?
La réflexion et l’évolution de nos formations s’appuient notamment sur la consultation du monde socio-économique. L’objectif est de nous assurer que les formations et les compétences acquises durant le cursus répondent aux besoins des entreprises et des institutions publiques.
Concrètement, cette concertation passe notamment par des instances pédagogiques qui permettent un échange avec les entreprises. Par exemple, lors du lancement des six nouveaux cursus d’ingénieurs de spécialité sur les campus de Rennes et de Metz, des groupes de travail composés d’entreprises ont été constitués pour réfléchir ensemble aux thématiques, aux enseignements et aux maquettes des programmes.
Associer les entreprises à la réflexion sur l’évolution des formations constitue un autre volet du partenariat entre l’École et les entreprises.
Que signifie aujourd'hui être "employable" ?
L’employabilité recouvre plusieurs dimensions : la capacité à trouver un emploi, à le conserver, à progresser professionnellement et à s’adapter aux évolutions du marché du travail.
La formation de CentraleSupélec offre aux diplômés une très forte insertion professionnelle (enquête premier emploi) et une reconnaissance internationale, notamment à travers le classement THE. L’un de ses atouts réside dans la capacité des ingénieurs à s’adapter et à apprendre par eux-mêmes. Ces compétences sont essentielles pour progresser dans leur carrière et s’adapter aux évolutions du marché du travail.
Par ailleurs, les entreprises ne viennent pas seulement chercher des talents : elles contribuent à les former. C'est un véritable changement. L'employabilité ne se joue plus uniquement à la sortie de l'École. Le diplôme ouvre des portes, mais c'est la capacité à apprendre et à se réinventer qui fera la différence sur la durée.
C’est là que CentraleSupélec apporte une réponse complémentaire avec sa filiale de formation continue CentraleSupélec Exed qui permet de poursuivre cet apprentissage tout au long de la vie professionnelle.
Quelles qualités ou expériences font aujourd'hui la différence ?
Il est clair que le niveau scientifique de nos ingénieurs est reconnu. Ce qui peut faire la différence, ce sont aussi les compétences comportementales (soft skills), développées dès la première année du cursus ingénieur grâce aux APP/API (Ateliers Projet Professionnel et Ateliers Pratiques de l’Ingénieur) et aux projets.
La mise en contact avec le monde professionnel leur permet également de mieux comprendre les attentes des entreprises. Par ailleurs, la mise en place de l’évaluation par compétences permet de traduire les acquis académiques en compétences professionnelles. Elle crée ainsi un trait d’union avec les recruteurs, pour qui les compétences constituent une grille de lecture quotidienne dans l’évaluation des candidats.
Enfin, les expériences associatives permettent aux élèves de renforcer ces compétences et de les compléter par des expériences concrètes.
Les liens avec les entreprises font partie de l’histoire de l’École. Qu’est-ce qui caractérise cette relation aujourd’hui ? Comment a-t-elle évolué ?
L’héritage du XIXe siècle est plus que jamais présent et s’est renforcé. Avec 3 300 acteurs du monde socio-économique à nos côtés, en formation comme en recherche, CentraleSupélec entretient une relation étroite avec les entreprises au sens large.
Les aspirations des élèves évoluent d’année en année. Il y a quelques temps, ils exprimaient notamment une demande accrue de contacts avec les start-ups et les PME. Aujourd’hui, ils souhaitent aussi renforcer leurs liens avec les acteurs publics et parapublics, et trouver un stage ou un premier emploi en accord avec leurs attentes et leur vision du monde. Les résultats de l’enquête Premier Emploi des promotions 2024-2025 illustrent ces attentes : 72,5 % des diplômés citent le contenu des missions parmi les critères de choix de leur premier emploi, et 61,7 % l’adéquation avec leur projet personnel et professionnel. L’idée n'est pas de choisir à la place des élèves, mais de leur donner les moyens de faire leurs propres choix.Pour accompagner cette évolution, nous avons mis en place des groupes de travail afin de faire évoluer nos partenariats. Nous avons également coconstruit avec les élèves le Guide des labels climatiques et la cartographie des partenariats qui sera publiée très prochainement. Ces outils leur permettent d’éclairer leurs choix et d’évaluer l’impact de leurs orientations, qu’ils se dirigent vers la recherche publique, l’entrepreneuriat, le conseil ou l’industrie.
Cette démarche illustre notre vision de la relation entre l’École, les élèves et les entreprises : une relation fondée sur l’écoute, le dialogue et la capacité à évoluer ensemble. Au fond, préparer les ingénieurs de demain, c’est leur permettre de développer des compétences et de vivre des expériences pour construire leur propre trajectoire professionnelle, tout en les préparant à s’adapter aux évolutions du monde et à contribuer à ses transformations.