Créer les conditions de la rencontre : Sébastienne Guyot, un nouveau campus au cœur de Paris
Longtemps associé à un lieu unique et clairement délimité, le campus se déploie désormais à l’échelle d’un territoire. Relié aux entreprises, aux laboratoires, aux partenaires académiques et à la ville elle-même, il devient un espace d’échanges et d’opportunités autant qu’un lieu de formation. Livré à l’été 2026, le campus Sébastienne Guyot de CentraleSupélec, dédié aux sciences du numérique et à l’intelligence artificielle, s’inscrit dans cette évolution. Pourquoi ouvrir un campus en plein Paris ? Qu’attendent aujourd’hui les étudiants internationaux d’un lieu d’études ? Et comment concevoir un campus capable de faire dialoguer recherche, innovation, entrepreneuriat et vie étudiante ? Éléments de réponse avec Cécile Arpin, responsable du Campus Sébastienne Guyot et Franck Richecoeur, directeur des formations.
Pourquoi un campus CentraleSupélec à Paris et quelle identité lui donner ?
Franck Richecoeur : « L’ouverture d’un nouveau campus dédié à l’intelligence artificielle à Paris répond à une volonté stratégique de CentraleSupélec de renforcer sa proximité avec les acteurs économiques et de dynamiser ses interactions internationales. En s'implantant dans ce bâtiment, l'école s'inscrit au plus près des enjeux de l'innovation mondiale. La spécificité de ce campus réside dans son approche interdisciplinaire et collaborative : il constitue un véritable écosystème où cohabitent étudiants de master, entrepreneurs et chercheurs, favorisant les liens entre l'excellence académique, la formation et les applications concrètes des entreprises. À travers ce lieu, CentraleSupélec souhaite affirmer une identité forte, celle d'un pôle de développement agile dédié aux sciences du numérique, capable de répondre avec réactivité et exigence aux mutations technologiques actuelles. »
Cécile Arpin : « Les étudiants étrangers demandaient à venir étudier à Paris. Même si Saclay est extrêmement attractif scientifiquement, Paris reste une référence mondiale. Cette implantation parisienne répond ainsi à une forte attente des étudiants internationaux et constitue également un enjeu stratégique pour renforcer la visibilité internationale de l’École.
Le futur campus Sébastienne Guyot a par ailleurs été conçu comme un bâtiment exemplaire sur le plan environnemental, avec plusieurs certifications de haut niveau (HQE Excellent, BREEAM Excellent, WiredScore Silver) et une attention particulière portée au réemploi et à la sobriété environnementale. »
Le campus Sébastienne Guyot est présenté comme une vitrine internationale de CentraleSupélec dans l’IA et les sciences du numérique. En quoi cela traduit-il l’évolution de l’École ?
Franck Richecoeur : « Le campus Sébastienne Guyot est bien plus qu'un nouveau lieu ; il est le symbole de la mutation de CentraleSupélec. L'école évolue vers un modèle plus ouvert et cosmopolite, capable d'attirer les meilleurs talents mondiaux grâce à un cocktail unique d'excellence et d'esprit d'entreprise. C'est aussi l'occasion pour nous d'embrasser une plus grande diversité de parcours et d'intelligences, convaincus que la pluridisciplinarité est la clé de l'innovation.
Surtout, ce campus marque notre réponse au défi de l'IA. Nous avons pris la pleine mesure de cette révolution : l'IA n'est plus une option, c'est une compétence fondamentale pour les ingénieurs, au même titre que les sciences physiques et la capacité à agir. Notre ambition est désormais d'infuser les sciences du numérique dans chaque filière et chaque métier de nos formations, pour former des diplômés qui intégreront l’IA dans leur palette d’outils au quotidien. »
Cécile Arpin : « Au-delà de la formation, le campus parisien doit permettre de renforcer les interactions avec nos partenaires académiques et industriels. Organiser des ateliers, des réunions ou des événements avec eux sera beaucoup plus simple à Paris qu’à Gif-sur-Yvette.
Le site facilitera également les collaborations avec d’autres établissements comme l’ESSEC[CL1.1], en proposant un point de rencontre plus accessible entre plusieurs campus franciliens.
Au-delà de la visibilité internationale, l’ambition est de créer davantage d’échanges entre laboratoires, chercheurs, étudiants, start-ups et partenaires extérieurs. Sur le plateau de Saclay, les laboratoires disposent de très beaux espaces mais travaillent parfois en silos, notamment en raison des contraintes liées aux zones à régime restrictif. L’idée ici est de créer un lieu de circulation des idées et des rencontres scientifiques.
Le campus accueillera notamment un plateau scientifique de plus de 200 m² comprenant espaces collaboratifs, salles de réunion informelles et zones de convivialité. Pensé comme un véritable carrefour scientifique, il favorisera les échanges entre les communautés de CentraleSupélec, de DATAIA, des start-ups et de leurs partenaires. »
Quels nouveaux besoins scientifiques, industriels et sociétaux le campus Sébastienne Guyot vous amène-t-il à adresser dans la formation des ingénieurs ?
Franck Richecoeur : « Le développement du campus Sébastienne Guyot répond à un besoin crucial : si les fondamentaux en mathématiques et informatique restent le socle indispensable, ils ne suffisent plus face à la complexité des défis actuels. Nous cherchons à former des ingénieurs capables de dépasser la simple technique pour maîtriser une véritable démarche scientifique d’analyse et de formulation de solutions globales. L'objectif est d'apprendre à comprendre les contextes globaux — industriels, sociétaux et environnementaux — afin de transformer des données brutes en décisions pertinentes et responsables. Les outils permettent à la fois les diagnostics et la construction de solutions. »
On sent une volonté de rendre CentraleSupélec plus visible et plus attractive à l’international. Comment cette internationalisation transforme-t-elle les formations de CentraleSupélec ?
Franck Richecoeur : « Cette volonté d'internationalisation se traduit concrètement par une diversification majeure des voies d'accès et une adaptation pédagogique profonde. Au-delà du cursus ingénieur historique, nous déployons des bachelors internationaux entièrement enseignés en anglais, et multiplions les formations de niveau Masters accessibles après un bachelor ou une expérience professionnelle.
Cette ouverture impose de faire évoluer notre modèle : nous accueillons désormais des profils variés (post-bac, universitaires internationaux, professionnels en formation continue) ayant des parcours scientifiques différents. Le défi est d'adapter nos méthodes pédagogiques à cette diversité de profils tout en préservant l'exigence scientifique et les fondamentaux qui font la qualité de CentraleSupélec. Le nouveau bâtiment va permettre de disposer d’une nouvelle configuration pédagogique avec des espaces de travail collectif en dehors des cours, de l’hybridation pour de la formation en ligne et des espaces de rencontre avec l’environnement parisien. »
Les candidatures massives sur certains nouveaux programmes montrent une forte attente mondiale. Selon vous, qu’est-ce qui attire aujourd’hui les étudiants internationaux vers CentraleSupélec ?
Franck Richecoeur : « Ce qui attire aujourd'hui les étudiants internationaux vers CentraleSupélec, c'est d'abord l'excellence scientifique de sa recherche, adossée à la puissance de Paris-Saclay, classée parmi les meilleures universités mondiales. Cette attractivité repose également sur des liens historiques et opérationnels avec un tissu industriel dense, offrant une immersion concrète dans des secteurs variés, de la start-up aux grands groupes internationaux. Enfin, notre pédagogie séduit car elle renforce des fondamentaux théoriques solides sans jamais les déconnecter des applications réelles, formant des ingénieurs capables de résoudre des problèmes complexes dès leur sortie de l'École. Le campus Sébastienne Guyot contribuera à renforcer encore cette attractivité en offrant un environnement international au cœur de Paris. »
En quoi ce campus parisien est-il différent d’un simple nouveau site d’enseignement ?
Cécile Arpin : « Plus qu’un simple lieu d’enseignement, le campus Sébastienne Guyot a été imaginé comme un espace de vie, d’échanges et d’innovation. L’idée est de créer un campus où les gens se croisent, échangent et aient envie de venir régulièrement.
Le bâtiment intégrera des espaces hybrides mêlant salles collaboratives, salons, rooftop, zones événementielles et espaces de travail informels. Une approche qui s’inspire en partie des nouveaux espaces de coworking, tout en conservant l’identité académique de CentraleSupélec.
Une place importante sera également laissée à la vie étudiante et aux initiatives portées par les étudiants, afin d’enrichir leur expérience d’apprentissage au-delà des enseignements.
Le site accueillera également l’Executive Education (EXED), des événements liés à l’entrepreneuriat, l’incubateur 21st et l’institut DATAIA. L’objectif est de faire vivre le campus tout au long de l’année et de favoriser les rencontres entre étudiants, chercheurs, start-up et partenaires industriels.
Pensé comme une vitrine de l’innovation et des savoir-faire développés au sein de CentraleSupélec, le campus pourrait également accueillir des solutions technologiques innovantes portées par les alumni de l’École. Parmi elles figure notamment SonarVision, une application conçue pour guider les personnes malvoyantes dans le bâtiment grâce à un système de navigation intelligent. Ce projet illustre la volonté de faire du campus un lieu à la fois innovant, inclusif et attentif aux enjeux d’accessibilité. »
Aujourd’hui, qu’est-ce qu’un campus attractif pour une nouvelle génération d’étudiants internationaux ?
Cécile Arpin : « L’attractivité d’un campus ne repose plus uniquement sur la qualité des enseignements. Les étudiants attendent aujourd’hui une véritable expérience de vie. Situé à proximité du parc Kellermann, de la Butte-aux-Cailles et des équipements sportifs du sud parisien, le campus doit offrir un environnement urbain vivant et accessible. Des visites du quartier pourraient même être organisées afin d’aider les étudiants internationaux à s’approprier pleinement leur nouvel environnement parisien. »
Franck Richecoeur : « Pour la nouvelle génération d’étudiants internationaux, un campus attractif se définit par sa capacité à offrir une immersion humaine et professionnelle immédiate, qui dépasse la seule excellence académique. La localisation à Paris constitue un atout majeur : elle facilite la rencontre et le développement de projets avec nos partenaires nationaux et internationaux, qu’il s’agisse de laboratoires de recherche, de grandes universités ou d’entreprises innovantes. Cette proximité géographique permet de donner une réalité concrète à nos relations stratégiques, en favorisant les rencontres physiques entre équipes et des formes d’échanges et de collaborations plus directes.
C’est cette capacité à transformer un partenariat institutionnel en expérience de vie et de travail partagée qui répond aux attentes d’une génération en quête de lien, de mobilité et d’impact concret. »
Le campus Sébastienne Guyot est présenté comme une vitrine de l’excellence de CentraleSupélec en IA. Au-delà des technologies, quelle vision de l’ingénierie souhaitez-vous y porter ?
Franck Richecoeur : « Au-delà de l'excellence technologique qui s'illustre par la qualité de la recherche menée par nos équipes, notre vision de l'ingénierie au campus Sébastienne Guyot est celle d'une responsabilité globale. Les formations en IA que nous y déployons ne se limitent pas à la maîtrise algorithmique ; elles intègrent systématiquement toutes les contraintes réelles de la société et du monde professionnel : les réalités physiques, l'impact écologique des modèles, la viabilité des investissements financiers et les profondes conséquences organisationnelles sur les métiers. Il s'agit de former des ingénieurs capables de concevoir et d’utiliser une intelligence artificielle qui soit non seulement performante, mais aussi soutenable économiquement, acceptable socialement et respectueuse de l'environnement. »
Comment le campus Sébastienne Guyot s’inscrit-il dans la relation entre Paris et le campus de Paris-Saclay ?
Cécile Arpin : « Le campus parisien ne doit pas être vu comme un site indépendant, mais comme une extension naturelle du campus Paris-Saclay. C’est en quelque sorte un quatrième bâtiment du campus. Avec la ligne 14 puis la future ligne 18, les deux sites seront reliés en environ 35 minutes, facilitant les déplacements des étudiants, enseignants-chercheurs et partenaires. Des cours, événements, soutenances de thèse et activités étudiantes continueront ainsi d’être organisés entre les deux implantations, avec une volonté forte de maintenir une dynamique commune. »
Si vous vous projetez à horizon 2032, qu’aurez-vous envie que les étudiants retiennent de leur expérience du campus Sébastienne Guyot ?
Cécile Arpin : « En 2032, j’espère surtout que les étudiants retiendront un campus où il se passait des choses. Au-delà de la qualité académique des formations, je souhaite que le campus soit associé à une expérience vivante et stimulante : conférences, rencontres avec des chercheurs et entrepreneurs, projets avec DATAIA, événements étudiants ou simplement découverte de la vie parisienne. L’objectif, c’est qu’ils aient été heureux de venir sur ce campus, qu’ils s’approprient le quartier et qu’ils deviennent ensuite les meilleurs ambassadeurs du lieu. »
Franck Richecoeur : « À l’horizon 2032, j’aimerais que les étudiants retiennent du campus Sébastienne Guyot bien plus qu’un lieu de cours : un lieu de rencontres, d’apprentissage et de construction personnelle. J’espère qu’ils y auront noué des relations durables, développé leur confiance en eux et trouvé leur voie professionnelle. Si ce campus leur a donné l’envie et les moyens de porter des projets à fort impact pour la société et l’industrie, alors nous aurons atteint notre objectif. »