Les campus à l'heure des nouveaux usages : regards croisés de Bruno Nivard et Thi Fontanel
Comment concevoir les campus d’une grande école à l’heure de la compétition internationale, de l’évolution des usages et des transitions environnementales ? Bien plus qu’un sujet immobilier, la question engage la manière dont se construisent les communautés académiques, scientifiques et entrepreneuriales de demain. À travers leurs projets à Gif-sur-Yvette, Paris, Rennes, Metz ou Pomacle, CentraleSupélec repense ses campus comme des lieux d’innovation, de rencontres et d’expériences. Entretien croisé avec Bruno Nivard, directeur du patrimoine immobilier et environnement de travail, et Thi Fontanel, directrice du développement et de la valorisation immobilière.
A quoi doit servir un campus selon vous aujourd’hui ?
Bruno Nivard : “En latin, “campus” désigne un espace ouvert, une place, un espace. Le sens universitaire est né aux États-Unis au XVIIIe siècle au sein de l’université de Princeton pour désigner l’espace vert entourant les bâtiments au sein desquels étaient (et sont encore) dispensés les enseignements.
Un campus, de nos jours, est le résultat d’un projet architectural et urbain axé sur l’acquisition de connaissances mais également, au sein duquel, on trouve des résidences, des lieux de restaurations, des équipements sportifs, des bibliothèques. La finalité est d’offrir à l’apprenant (quel que soit son âge) un cadre de vie où il pourra s’épanouir.”
Thi Fontanel : “Un campus ne peut plus se concevoir comme un espace replié sur lui-même, délimité et réservé à ses seuls usagers. Il doit être un acteur à part entière de son territoire en faisant entrer la ville en son sein, et rayonnant lui-même sur la ville. Cela implique plusieurs rôles indissociables :
- Un rôle pédagogique d'abord : transmettre les savoirs, ouvrir ses portes au grand public, rendre visible et compréhensible ce que l'école produit : sa recherche, ses innovations, l'engagement de ses étudiants.
- Un rôle de rassemblement ensuite : le campus doit être un lieu d'événements (scientifiques, sportifs, culturels ou entrepreneuriaux…) capables de réunir des publics variés et de créer des synergies entre des mondes qui se côtoient.
- Un rôle économique enfin : en valorisant intelligemment ses espaces et ses ressources, le campus contribue à financer le projet académique lui-même.
En résumé, un campus réussi est celui où l'on vient non seulement pour étudier ou travailler, mais aussi parce qu'il incarne une identité, un projet collectif, ou une façon de répondre aux grands enjeux du monde.”
Aujourd’hui, quand on parle du ou des “campus CentraleSupélec”, de quoi parle-t-on exactement ?
Bruno Nivard : “L'école se compose de cinq campus : le campus de Metz, le campus Paris-Saclay (bâtiments GeePs, Bouygues, Breguet et Eiffel), le campus de Paris (bâtiment Sébastienne Guyot), le campus de Pomacle et le campus de Rennes. Sur chaque campus, l’enseignement, la recherche, l’entrepreneuriat et l’événementiel rythment la vie des étudiants et des personnels tout en créant les conditions d’un écosystème.”
Thi Fontanel : “CentraleSupélec, c’est un groupe multi-campus où chaque site a forgé une identité propre, au service d’une ambition commune. À Gif-sur-Yvette, nous bénéficions de bâtiments neufs, vitrine de l’écosystème Paris-Saclay, avec ses laboratoires de rang mondial, ses startups deeptech et ses ressources uniques en prototypage et en génie électrique. À Paris 13ème, le bâtiment Sébastienne Guyot offrira dès septembre 2026, 5 500 m² dédiés à l’IA, au computer science et à la data, avec des espaces entrepreneuriaux ouverts aux startups, au cœur de la révolution numérique. À Rennes, nous construisons avec nos partenaires de l’ENS, un futur hub scientifique international, fondé sur la complémentarité entre recherche fondamentale, ingénierie et innovation. À Pomacle, notre implantation au cœur d’un écosystème dédié à la bioéconomie renforce les liens entre recherche, innovation et filières industrielles. À Metz, le projet de futur Institut Photonique positionne le campus sur une filière d’excellence à fort potentiel industriel et de recherche.”
Le plan stratégique de l’École affirme une volonté de “changer d’échelle”. En quoi cette ambition transforme-t-elle la manière de penser le campus et le patrimoine immobilier ?
Bruno Nivard : “Le changement d’échelle se traduit par une augmentation progressive du nombre d’étudiants, de doctorants, d’enseignants-chercheurs et de personnel administratif et technique, mais également par le développement de la recherche et de l’entrepreneuriat. Cet objectif de croissance implique de réunir plusieurs conditions :
- Premièrement, disposer des capacités d’accueil nécessaires. Il s’agit de proposer des espaces d’enseignement adaptés aux effectifs visés par le plan stratégique, de répondre aux besoins des laboratoires et de l’ensemble des activités de l’école. La rénovation de nos bâtiments, la prise à bail du bâtiment Sébastienne Guyot s’inscrivent dans cette perspective.
- Deuxièmement, offrir un cadre de vie de qualité. Au-delà des surfaces, il convient de répondre aux besoins concrets des usagers : qualité des espaces, offre de logements et de restauration, conditions propices au bien-être sur les campus.
- Troisièmement, garantir flexibilité et évolutivité. Les espaces et équipements pédagogiques, les laboratoires doivent pouvoir s’adapter aux évolutions des usages et des pédagogies mais également assurer l’accueil d’entreprises dans l’écosystème CentraleSupélec.”
Thi Fontanel : “Le changement d'échelle, c'est concrètement le doublement du nombre d'élèves à l'horizon 2032, avec un fort développement des formations à standards internationaux — bachelors, masters of sciences — qui attirent une population étudiante plus internationale, plus diverse. Ce n'est pas simplement une question de mètres carrés supplémentaires : c'est une transformation profonde du profil de l'étudiant, et donc des usages qu'il appelle. L'immobilier doit être pensé comme un levier stratégique de cette croissance :
- Sur le plan quantitatif, c’est un exercice délicat : anticiper sans sur-construire, et s'assurer que les surfaces existantes sont réellement optimisées. C'est précisément l'objet de la démarche d'asset management que nous mettons en place.
Mais au-delà du volume, ce changement d'échelle implique d'adapter qualitativement notre façon d'accueillir. Un étudiant indien ou chinois ne vit pas le campus de la même façon qu'un étudiant francilien. Ce n'est pas une question de juxtaposition de cultures : c'est créer des lieux qui permettent à ces différentes façons de vivre, penser, travailler, se nourrir, de se croiser et de s'enrichir mutuellement. Les logements étudiants, la restauration alternative, les espaces de convivialité — tout cela participe d'une expérience d'accueil qui conditionne directement le bien-être des étudiants et, par conséquent, leur performance.”
Le campus devient-il aujourd’hui un outil stratégique autant qu’un lieu d’enseignement ?
Bruno Nivard : “Le campus s’impose aujourd’hui comme un véritable atout stratégique. Il renforce l’attractivité de l’École, stimule les synergies entre la recherche, la formation et le monde économique, et contribue activement à son rayonnement à l’international. Dans un contexte de forte concurrence, la qualité des infrastructures, des services proposés et du cadre de travail constitue désormais un facteur clé dans le choix d’un établissement. Il joue également un rôle clé en matière d’événementiel, en accueillant conférences, colloques, rencontres scientifiques ou d’autres événements qui font vivre les campus au quotidien. Ces temps forts contribuent à ouvrir l’École sur son écosystème et à faire rayonner ses activités bien au-delà de ses murs.
Un campus agréable et attractif façonne l’expérience de chacun, et devient bien plus qu’un lieu de vie : il est le reflet des ambitions et des valeurs de l’École.”
Thi Fontanel : “Sans aucun doute, un campus est désormais l'une des dimensions les plus décisives dans la compétition internationale entre grandes écoles. Les établissements les plus prestigieux l'ont compris depuis longtemps : HEC, ESSEC, mais aussi les grandes universités américaines et asiatiques investissent massivement dans la qualité de leur campus comme marqueur de leur identité et outil d'attractivité. Cela est particulièrement vrai pour les profils que nous cherchons à attirer sur nos nouveaux bachelors et masters of sciences. Contrairement aux élèves-ingénieurs dont le choix est davantage guidé par la réputation académique, ces candidats internationaux comparent les campus, la qualité de vie, les services proposés. L'immobilier devient alors un argument de recrutement à part entière. Mais le campus comme outil stratégique, c'est aussi sa capacité à créer de la valeur au-delà de la pédagogie : attirer des entreprises partenaires, accueillir des événements à forte visibilité, générer des revenus qui viennent financer le projet académique. À CentraleSupélec, nous avons la chance de disposer d'un patrimoine et d'un positionnement géographique qui rendent cela possible.”
Avec ses laboratoires, ses startups, ses espaces d’enseignement et ses espaces événementiels, Breguet semble conçu comme une véritable vitrine. Que représentera-t-il demain pour CentraleSupélec et pour l’Université Paris-Saclay ?
Bruno Nivard : “Le campus de Gif-sur-Yvette s’articulera à terme autour de trois bâtiments, chacun constituant une vitrine de l’École et accueillant l’ensemble des activités : l’enseignement (formation initiale, formation continue) la recherche, l’entrepreneuriat et l’évènementiel.
L’ouverture du bâtiment Breguet en juillet 2026, revêt une symbolique particulière, à deux titres :
Un renouveau architectural. La rénovation du bâtiment Breguet s'inscrit dans le respect du projet d’origine tout en lui conférant une ligne résolument moderne. Il conjugue ainsi la capacité de l’école à conjuguer héritage, modernité et innovation.
Un ancrage institutionnel. Le retour du siège de l’université Paris-Saclay dans le bâtiment témoigne du lien qui unit l’école et l’université et affirme la place de l’école au sein de l’écosystème académique du plateau du Moulon.”
Thi Fontanel : “Breguet incarne précisément cette articulation entre héritage et ambition évoquée par Bruno. C’est le bâtiment historique de Supélec, et sa rénovation est un choix symbolique fort : celui de réconcilier l’histoire de l’École avec son projet de développement au cœur de Paris-Saclay. Demain, Breguet sera un lieu où se rencontrent et s’articulent recherche et innovation, enseignement et entrepreneuriat. Il accueillera des espaces d’enseignement, une maison médicale, trois laboratoires de renommée mondiale (GEEPS, L2S, Sondra), et enfin 6500 m² dédiés à la valorisation des startups et scale-ups de la deeptech — autour des enjeux de souveraineté technologique, de transition environnementale et de santé. Notre ambition est de créer des pôles d’expertises autour de thèmes de recherche et d’innovation qui marqueront notre différence, avec un modèle économique soutenable et partenarial inédit. Par ailleurs, l’accueil du siège de l’Université Paris-Saclay dans ces murs est une reconnaissance institutionnelle forte du rôle central que joue CentraleSupélec dans cet écosystème. Enfin, Breguet est un lieu d’expérimentation des nouveaux usages — une opportunité unique de tester et de montrer ce qu’un campus de nouvelle génération peut être, avant d’en diffuser les enseignements à Rennes et Metz.”
Breguet réunira demain laboratoires, startups, entreprises, étudiants et chercheurs. Pourquoi cette logique d’écosystème est-elle au cœur du projet ?
Bruno Nivard : “Cette notion d’écosystème fait partie de l’ADN de l’école. Tous les campus travaillent à développer leur écosystème sachant que les bâtiments les plus récents ont été construits dans l’esprit de faire se côtoyer les différentes activités. Le bâtiment Breguet a la particularité de s’ouvrir davantage sur le monde de l’entreprise grâce aux surfaces de valorisation dédiées aux entreprises et à des espaces communs ouverts propices à l’échange.”
Thi Fontanel : “Je dirais que ce mélange n'est pas devenu essentiel : il a toujours été. Ce qui change, c'est que nous en prenons pleinement conscience et que nous commençons à le structurer pour en tirer toute la valeur. Ce qu'il faut comprendre, c'est que ce ne sont pas de simples cohabitations de locataires dans des mètres carrés partagés. Ce sont des synergies réelles, ancrées dans des pôles d'expertises : une grande entreprise qui utilise l'agilité d'une startup pour développer un sujet pointu, en s'appuyant sur un laboratoire de recherche et sur des ressources uniques que seul CentraleSupélec peut offrir — La Fabrique pour le prototypage, la volière pour les drones, demain l'AERC pour la montée en puissance industrielle. Voilà ce qui nous distingue fondamentalement de nos voisins sur le plateau de Paris-Saclay qui, pour certains, ne proposent que de la mise à disposition de surfaces sans être ancrés dans un tel écosystème. Concrètement, cela signifie que la DDVI ne commercialise pas des bureaux : elle crée des conditions d'émergence et d'accélération pour les acteurs qui souhaitent s'inscrire dans cette dynamique. C'est une différence de posture majeure, qui change la façon dont nous pensons nos offres, nos contrats et notre relation avec les partenaires.”
Les attentes vis-à-vis d’un campus, que ce soit pour les étudiants, les chercheurs…. ont profondément changé ces dernières années. Qu’est-ce qui rend un campus attractif en 2026 ?
Bruno Nivard : “Un campus attractif ne se limite pas à la qualité du cadre de vie : c’est avant tout un écosystème où chaque usager peut trouver ce qu’il n’a pas : l’étudiant y rencontre des entreprises prêtes à l’accompagner sur ses projets ; l’entreprise y recrute des talents ou s’appuie sur des laboratoires pour accélérer son développement ; le chercheur y trouve des partenaires industriels pour valoriser ses travaux. Chaque interaction crée de la valeur pour l’ensemble de la communauté.”
Thi Fontanel : “En 2026, un campus attractif c’est avant tout la richesse de l'écosystème, l’ambiance des lieux plus que la qualité architecturale, la flexibilité des espaces, et la capacité à offrir une expérience cohérente et mémorable à chacun de ses utilisateurs. Pour les étudiants des nouvelles générations — hyperconnectés, sensibles à l'écologie, en quête de sens et d'expériences immersives — le campus est un critère de choix à part entière. Ils comparent les établissements comme on compare des destinations. Les entreprises et partenaires eux cherchent l'accès à des compétences et à des ressources qu'ils ne trouvent nulle part ailleurs : des laboratoires d'excellence, des étudiants brillants et motivés, des équipes de recherche prêtes à co-construire des solutions à des défis industriels réels. Ils cherchent à être accompagné dans leur parcours résidentiel, et une communauté avec laquelle ils peuvent interagir au quotidien — pas simplement louer un bureau.”
Que recouvre concrètement la notion d’« expérience campus » ?
Bruno Nivard : “ L’expérience vécue sur le campus est ce qui forge durablement l’attachement à l’école - qu’on y soit passé comme étudiant ou qu’on y ait construit sa vie professionnelle. Cette expérience est aujourd’hui de plus en plus exigeante : elle intègre la qualité des services, l’accessibilité, le bien-être, mais aussi la capacité du campus à s’adapter aux nouveaux usages. Un bon campus n’est plus seulement un lieu efficace : c’est un lieu dans lequel on a envie de rester, de revenir et être acteur.
C’est cette expérience partagée qui nourrit une communauté d’Alumnis forte et engagée, et qui explique l’attachement des personnels à l’école. CentraleSupélec ne se résume pas à des années d’études, elle laisse une empreinte durable.”
Thi Fontanel : “ Concrètement, l’expérience commence par l’identité du campus : un campus doit raconter quelque chose, son histoire, ses recherches, ses réussites, et permettre de comprendre le lien entre héritage et enjeux contemporains. Elle repose aussi sur la capacité à favoriser les rencontres informelles et la sérendipité, un enjeu d’autant plus important sur des sites comme Gif, où les volumes monumentaux dépassent l’échelle humaine et ne facilitent donc pas naturellement ces interactions. D’où la nécessité de créer des espaces hybrides et conviviaux inspirés du meilleur de ce que proposent aujourd’hui les hôtels, les espaces de coworking ou les campus rénovés des meilleures universités.
Enfin, cette expérience doit intégrer l’ensemble des parcours utilisateurs — étudiants, chercheurs, personnels, visiteurs, entreprises — chacun avec ses usages spécifiques. Elle s’inscrit aussi dans les transformations profondes des modes de vie et de travail, qui imposent des espaces plus flexibles, plus mixtes et plus réversibles, capables d’évoluer dans le temps. » Les campus deviennent ainsi l’un des derniers grands équipements collectifs à opérer une véritable révolution des usages, après les gares, les aéroports, les hôtels et les bureaux. C’est à la fois notre défi et notre ambition.”
Comment concilier innovation, impact environnemental et qualité de vie dans les projets immobiliers ?
Bruno Nivard : “Tout projet immobilier se doit effectivement d’intégrer l’innovation, l’impact environnemental, la qualité de vie. Répondre à ces enjeux suppose d’agir sur toute la durée de vie d’un bâtiment de sa construction jusqu’à sa rénovation :
Assurer l’entretien et la maintenance des équipements et des bâtiments. Cela implique la mise en place d’un GER (gros entretien et renouvellement des équipements), ainsi que des plans pluriannuels d’investissements pour accompagner les modifications ou remplacements.
Adapter les bâtiments au dérèglement climatique. Nous connaissons de plus en plus d’épisodes de froid ou de chaud sur des périodes courtes. Malgré ces écarts élevés de température, il est nécessaire de maintenir un confort thermique aux usagers et de garantir des niveaux de température dans certaines salles d’expérimentation. Cet objectif n’est pas propre à l’école, il est partagé avec les acteurs de la zone d’aménagement concerté du Moulon.
Intégrer dans la gestion des équipements du contrôle prédictif. Le recours à l’intelligence artificielle permet d’anticiper le comportement des équipements - centrales de traitement d’air, CVC, etc. - et d’optimiser les consommations en énergie.
S’appuyer sur des équipes compétentes et réactives. La performance des bâtiments est possible grâce aux femmes et aux hommes qui les exploitent au quotidien.
Partager avec les étudiants dans le cadre des projets pédagogiques mais aussi avec le personnel dans le cadre de communications, les données patrimoniales des bâtiments pour appréhender les enjeux technologiques et environnementaux.”
Thi Fontanel : “C’est une obligation légale autant qu'une responsabilité éthique. Ces trois piliers sont devenus les conditions de base de tout projet sérieux.
Sur l’impact environnemental, nous sommes soumis à un cadre réglementaire de plus en plus exigeant : le décret tertiaire nous impose une réduction progressive de nos consommations énergétiques, la loi ZAN (zéro artificialisation nette) contraint fortement toute nouvelle artificialisation des sols, et les principes du réemploi, que nous souhaitons systématiser dans nos aménagements, s’imposent comme une pratique à la fois environnementale et économique. Plus qu’une contrainte subie, c’est une opportunité de donner à nos espaces une singularité et une histoire qu’on ne peut pas acheter sur catalogue.
Sur la qualité de vie, devenue un déterminant de l’attractivité et de la performance, elle repose sur le bien-être au travail, le confort thermique, acoustique et lumineux, ainsi que l’accès à des espaces de convivialité. Elle conditionne la façon dont les personnes s’approprient les lieux et s’y épanouissent.
Sur l’innovation enfin, chaque projet immobilier est une occasion de tester et d’incarner ce que l’École enseigne : intégration des technologies numériques dans la gestion des bâtiments, expérimentation de nouveaux usages, recours au prototypage participatif.”
À horizon 2032, à quoi ressemblera selon vous le campus de CentraleSupélec ?
Bruno Nivard : “En 2032, les objectifs du plan stratégique seront atteints ou en passe d’être atteints. Nos campus seront encore plus ouverts sur leur territoire et connectés à l’international, capables d'accompagner les grandes transitions scientifiques, technologiques et environnementales.»
Le côté passionnant des métiers de l’immobilier est d’imaginer comment continuer à faire évoluer nos campus et répondre aux défis et aux opportunités qui émergeront demain.”
Thi Fontanel : “Faire évoluer nos campus d'ici 2032, c'est mener une véritable conduite du changement — et je suis convaincue que celle-ci ne réussira que si l'humain est au cœur de toutes nos décisions. D'ici là, le campus de Gif aura achevé sa transformation avec trois bâtiments pleinement fonctionnels, rénové pour Breguet et optimisés pour Eiffel et Bouygues. Les résidences étudiantes auront été significativement développées pour accueillir cette communauté plus internationale dans des conditions de vie dignes du prestige de l’école et de notre ambition. La démarche d'asset management sera opérationnelle, générant des revenus propres qui viendront conforter le modèle financier de l'école. Et la dévolution du patrimoine nous donnera les leviers juridiques et financiers pour mener des montages permettant de valoriser nos terrains sans jamais avoir à les céder. Mais au-delà des projets, ce que je souhaite pour 2032, c'est que CentraleSupélec soit devenue une référence en matière d'hospitalité universitaire — que ses campus soient des lieux où l'on aime venir, travailler, inventer, et dont on se souvient longtemps après les avoir quittés.”